Pub pour l'alcool? MIDI. MILIEU DE LA CIRCULATION. LE BEAU GOSSE N’A PAS 20 ANS. IVRE (PRESQUE) MORT

Torse à l’air, pieds nus en sang. Qui zigzague, chancelle et tombe enfin sur le trottoir. Les passants passent, indifférents. Sémaphore vert. Mon boguet pris entre deux files m’étonne presque en démarrant et s’éloignant du lieu de drame potentiel. Non assistance à personne mettant sa vie et celle d’autrui en danger ? Telle est encore la loi de la jungle urbaine, en ce 24 septembre 2009 !

Il me souvient alors de notre amie très proche, journaliste sur l’une des principales chaînes TV du monde, mangeant chez nous avec sa fille de cinq ans, ce glacial soir d’hiver. Les yeux brusquement révulsés, notre people préférée hurle furieusement : -« Le repas est empoisonné ! Vous essayez de nous tuer ! ». Elle appelle illico la police, qui arrive et nous trouve livides, effondrés, estomaqués, éberlués, prêts à tendre les poignets.

Nos braves gabelous (vous ai-je déjà dit qu’aussi incroyable que cela paraisse je n’ai jamais eu à me plaindre personnellement, depuis trente ans, de cette corporation ?) ne sont pas dupes, s’excusant même. Qui embarquent la reine du Prime-Time et sa gamine. Ils en savent bien plus que nous, ses seuls vrais amis sur le vieux continent, mais n’ont le droit de nous parler de pareils soucis de santé. Elle ressort du poste (non, pas de TV, suivez un peu) dans l’heure, et durant trois jours et trois nuits mère et fille seront vues déambulant dans nombre de quartiers. Venant de temps à autre au bas de l’immeuble ou dans les corridors hurler que sommes des empoisonneurs.

Je parviens finalement à soustraire la petite à l’attention défaillante de son adulée génitrice en délire. Mon épouse la réchauffe, hydrate et nourrit, appelant encore et encore la gendarmerie. Systématiquement nous répondant : -« Désolés, nous ne pouvons faire interner votre amie sans consentement de sa famille, tant qu’elle ne commet pas de délit. »- -« Mais, et la protection de l’enfance ? les risques ? Faut-il briser des vitrines à sa place ? »- -« N’insistez pas, bien sûr que c’est anormal, mais nous ne pouvons rien y faire. »-

Nous appelons alors, à dix mille kilomètres, le père architecte de renom de notre étonnante célébrité. Il se trouve encore plus à l’autre extrémité de la planète. La maman, fort heureusement, vient de rentrer de sélect congrès de charité. Elle nous explique alors qu’environ tous les quinze ans sa fille est prise de crises de schizophrénie. Puis saute dans le premier avion. Son mari fait de même de son côté, et nous les accueillons à la maison, chambre sur Rhône préparée à leur intention. Immensément reconnaissants, ceux-ci sont gênés de nous apprendre qu’une suite les attend dans un palace de la place. En revanche, ils mangeront sans crainte chez nous, et nous jureront sincèrement ensuite que notre cuisine est largement à la hauteur des plus prestigieux restaurants. Vrai que de ce côté aussi je suis particulièrement gâté par un entourage doué, passionné, reléguant Sainte Betti Bossy au rang de crasseuse cuistote de fast-food.

Tous quatre regagnent d’urgence leur pays. Nous administrons le déménagement des biens de la concernée, n’étant plus rentrée à son domicile genevois depuis près d’une semaine en tout. Peu de temps après, notre incontournable reporter cartonne à nouveau, en pleine forme et l’intelligence aiguisée, devant des dizaines de millions de spectateurs. A ce jour, plus d’une décennie après, tout va pour le mieux pour elle, sinon que son exemplaire père est décédé.

Alors ? Quel rapport entre ces deux évènements ?

Doit-on vraiment faire primer la liberté de l’individu sur les risques évidents qu’il fait courir, à certains moments de sa vie, à sa santé et celle des autres ?

La Police doit-elle alors embarquer d’office tout énergumène malade, d’alcool, drogue ou affection psychique, à comportement perturbé ?

Question subsidiaire : Le joli gosse avait-il trop fêté la fin de l’hypocrisie de spots TV diffusant des glouglous pleins de fraîcheur vantant une bière SANS alcool ? Ou était-il désespéré au point de se saouler à en tomber parce qu’est autorisée à nouveau la publicité pour une drogue dure, par une législation discriminant ainsi une semblable saloperie nommée –cigarette- ?

Ali GNIOMINY

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