19/05/2008

SCENARII HISTORICIDES

Il était une fois une école où se dispensaient des leçons d’Histoire plus ou moins passionnantes, agrémentées d’un manuel scolaire imagé. La ligne d’Enseignement de l’Histoire était claire et précise, relative aux connaissances de l’époque concernée mises à jour en fonction de découvertes attestées par historiens, archéologues, anthropologues. Cette noble discipline, ayant trait aux racines de notre mode de vie présent, transmettait  la mémoire d’évènements passés et mythes très fidèlement, de manière mondialement pareille, à l’exception des faits de guerre .. toujours à l’avantage du gouvernement éditant sa version de l’Histoire nationale; Peu importe, mais les élèves d’alors ayant lu Homère et autres Anciens, en entendant le titre « l’Odyssée » séparaient d’emblée en leur tête l’ambiance –voyages d’Ulysse- des faits guerriers de l’Iliade, situaient immédiatement les différents Travaux et personnages, bien définis, établis, immuables ….

Ce qui n’est plus le cas, par faute de la kyrielle d’adaptations fantaisistes pour la télévision, sous forme de séries ou dessins animés dont les principaux personnages sont Hercule, Aladin, Robin des Bois, des chevaliers de la table ronde, etc etc.. Têtes mythologiques ayant ou non existé mais porteuses de sens symbolique essentiel totalement saccagé par la culture-marmelade consistant à mélanger les époques et faits authentiques avec actes inventés. Il s’agit à mon avis d’un crime contre la culture générale d’une à deux générations déjà, et il serait temps qu’intervienne un contrôle de l’éthique scénariste et protection des textes ancestraux. La loi permettant à quiconque d’extrapoler à tout-va sur l’œuvre d’auteur décédé depuis longtemps est une absurdité préjudiciable au savoir scolaire fondamental. Que les scénaristes incriminés soient contraints, au moins, de modifier les noms de leurs héros de sorte qu’aucune confusion ne soit possible avec d’illustres personnages de l’Histoire. Quoi qu’il en soit, je n’aimerais pas avoir 12 ans à l’heure actuelle et que l’on me demande qui était et ce qu’à fait Hercule. Le temps de balayer de mes synapses Xena, les voyages temporels, les multiples hydres, méduses, cerbères, cyclopes de formes et consistances diverses sévissant dans tous les coins de tous les épisodes .. bagarres avec Arès et Calypso .. et il serait l’heure de rendre ma feuille.

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Commentaires

Non : la "culture-marmelade" ne date pas d'aujourd'hui ! Et l'exemple utilisé est particulièrement mal choisi, car les contemporains d'Homère auraient pu faire les mêmes reproches à l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée tant ses poèmes mêlent les personnages de différentes légendes antérieures, au prix de bien des invraisemblances (quel âge a donc Nestor ?...).

Les "textes ancestraux" n'ont heureusement jamais eu besoin de "contrôles d'éthique" (censure ?) pour exister et se transmettre au cours des siècles. Et, quoi qu'on en pense, les adaptations plus ou moins réussies des classiques de l'antiquité sont de très bons moyens de promotion des oeuvres elles-mêmes. Faisons confiance à nos jeunes sur leur faculté de distinguer ce qui relève de l'adaptation de ce qui relève de l'oeuvre originale, comme nous le faisons nous-mêmes. Sauf à considérer que les jeunes générations sont moins intelligentes que les anciennes, mais cela se disait déjà du temps de Socrate...

Écrit par : Diogène | 22/05/2008

En vous priant de m'excuser, chère Diogène, d'avoir fait de l'ombre à votre lumineuse conception des adaptations de mythes. Vous avez raison dans le fond, contentons-nous du peu de sens originel que retracent les Anciens, mais je préfèrerais quand-même que soient respectées au possible par les scénaristes certaines "règles" morales dépourvues de trop d'illogismes, que le corbeau et le renard n'accompagnent pas le petit chaperon rouge et son père Barbe-Bleue dans leur tour du monde en 80 secondes à la recherche du Saint-Mickey, histoire de conserver des personnages pourvus de signification */- symbolique précise, ciblée, immuable. Cordialement

Écrit par : Denis VAUSSUR | 22/05/2008

Pourquoi imposer aux scénaristes des règles auxquelles les auteurs et mythographes eux-mêmes n'ont jamais obéi ? Pourquoi exiger des scénaristes le respect d'une vérité historique alors qu'il s'agit en l'occurence de personnages de fiction ? Je vois là l'expression d'un conservatisme bien mal placé.

De nombreux personnages mythologiques ont été enrichis par la contribution successives d'auteurs de cultures et d'époques différentes. Quel est donc le "vrai" Prométhée : celui d'Hésiode, celui d'Eschyle, celui de Platon ?... Désolé de vous contredire : en ce domaine rien n'est immuable ni figé ni ciblé.

Vous admettez qu'Ulysse aborde sur l'île des Lestrygons (avec Homère pour argument d'autorité !), mais surtout qu'il n'aille pas s'égarer du côté de la Colchide : ce serait "illogique". Selon vous, qu'un dialogue s'instaure entre un renard et un corbeau au sujet d'un fromage est "logique" puisque Lafontaine (dans son adaptation libre d'Esope) s'en porte garant ; mais si un scénariste s'avise de faire se rencontrer le volatile fromageophile et le loup de Prokofiev, vous criez "halte-là ! flagrant délit d'illogisme" et vous verbalisez.

Merci cher Denis d'avoir provoqué chez moi un rire homérique.

Enfin, je vous laisse à vos moulins, et je retourne aux miens. Cordialement.

Écrit par : Diogène | 23/05/2008

Aussi vrai que Platon était roi de l’Atlantide et que Socrate arpentait le Continent Mû en rollers, le fond de vérité historique, s’il est entaché d’aspects mythiques, n’a aucune espèce d’importance, certes. Jetons donc ces vieilleries aux oubliettes, comme tous nos acquis du passé, vivons dans un tonneau et remplaçons ces inepties obsolètes par les sages messages que transmet le fourre-tout des séries-TV pseudo-mythologiques. Vive l’abolition du symbolisme et des métaphores antiques au service de l’Humanité.
Genève, 23 mai 2008

Écrit par : DENIS VAUSSUR | 23/05/2008

Socrate, qui dut boire la cigüe, pour avoir détourné la jeunesse!

Tristes tropiques...

Écrit par : Micheline Pace | 23/05/2008

Mieux vaut-il "détourner" philosophiquement la jeunesse par la maïeutique, et la préparer à une vision du monde plus aristotélicienne que platonicienne, que de détourner sa culture générale par de fantaisistes scénarii dépourvus généralement de profonde réflexion et signification morale à découvrir? Tristes traits typiques de notre époque où l’esprit se perd dans le dédale de la rentabilité sans scrupules.

Écrit par : Denis VAUSSUR | 24/05/2008

Tiens donc, la maïeutique de Socrate aurait été une préparation de la jeunesse à une vision du monde aristotélicienne ? Le point de vue est original... et (désolé) philosophiquement faux. Venant de quelqu'un qui se veut le tenant de la rigueur historique, c'est un peu dommage.

Vous mettez vos pas (à la façon de monsieur Jourdain me semble-t-il) dans ceux de Platon, dont la critique des poètes (République, livres 2 à 4) a été la matrice de bien des censures et de la tentation pour le politique d'instrumentaliser l'art. Libre à vous.

Artistote n'exigeait pas des poètes la formulation d'une "vérité" : il considérait l'art comme une imitation plus ou moins fidèle du réel destinée à émouvoir le spectateur. Et il faisait, lui, la part entre ce que l'on est en droit d'exiger d'un historien (exactitude, précision, rigueur) et la "licence poétique" que l'on peut accorder aux artistes.

Enfin, ne vous en déplaise, je suis au moins autant attaché que vous à la culture antique, à sa richesse symbolique et surtout à sa complexité. Simplement, je refuse les dictats tels que celui que vous avez formulé plus haut : "il serait temps qu’intervienne un contrôle de l’éthique scénariste et protection des textes ancestraux. La loi permettant à quiconque d’extrapoler à tout-va sur l’œuvre d’auteur décédé depuis longtemps est une absurdité préjudiciable au savoir scolaire fondamental. Que les scénaristes incriminés soient contraints, au moins, de modifier les noms de leurs héros".

Et que les récalcitrants voient leurs livres brûlés en place publique ?

Écrit par : Diogène | 27/05/2008

Vous avez, Cher-e Diogène, visiblement une connaissance de l’Antiquité et de la Philosophie dépassant de très loin l’acquis glané par pauvre Poète, n’ayant fait qu’habiter en sa jeunesse à côté de chez Le Philosophe, à Anafiotica, sur les flancs de l’Acropole. Âgé voisin flûtiste à barbe blanche et proches lumineux, érudition et traits d’esprit époustouflants, connu alors (1976-78) pour le moins de la Grèce entière, par les authentiques chercheurs de tous bords du (savoir se) Connaître.

Cet immense privilège m’a valu de pouvoir honorablement me passer d’années d’études universitaires en la matière. Bien que ma naturelle curiosité m’ait poussé ensuite à squatter assidûment durant trois ans de variés cours donnés en les Unis d’Aix-en-Provence et Nice, juste pour accompagner des amis et leur donner souvent un coup de main dans leurs études. J’avais alors une mémoire visuelle excellente … et aucune envie d’obtenir preuve à fournir ensuite de mon degré de valeur sur une échelle de l’arbitraire et de la subjectivité. Objection de conscience que j’ai fini par mettre de côté, terminant pour le principe simple lauréat d’Ecole commerciale.

Quoi qu’il en soit, ma fausse philosophie se/me permet effectivement d’allier sur certains aspects .. et liguer Socrate et Aristote contre un platonisme ayant dorénavant assez sévi et perduré.

Mais à chacun sa vision de la liberté de respecter ou non la sphère créatrice d’autrui, de bafouer ou non la Mémoire d’une œuvre, en en picorant la substance pour unique rentabilité. Pour ma part, je préfère avoir faim que de baser un scénario sur un créneau usé, tout tracé, imaginé par quelqu’un d’autre. Trahison à l’inventivité, Essence de l’Art. je laisse cette tâche ingrate à de simili-artistes, bardés de diplômes idoines, n’ayant malheureusement que faire d’une Ethique professionnelle fondamentale.

Enfin, voilà, ainsi qu’à chaque fois que quelqu’un a proposé d’établir certaines règles déontologiques, même souples et point trop coercitives, d’aucuns offusqués se sont levés pour crier à l’Inquisition.

Bref, l’avenir nous dira si la marmelade a pris ou non .. jusqu’au vomissement historico-télévisuel. Pour le reste, vous me pardonnerez, mais j’ai bien d’autres sujets brûlants à traiter sur le bûcher des permissivités préjudiciant l’enseignement, et ne pourrai sans doute plus prolonger indéfiniment ce dialogue; Mais sachez que votre grande culture m’a enrichi encore, ce dont je vous remercie, et croyez bien que je vous approuve à 99%, craignant aussi les risques de dérive en un sens ou l’autre, répressif censurant ou latitudinaire à laxisme délétère, mais n’en démords, il en va de la cohérence de l’enseignement historique .. que les Héros conservent leurs acquis originels.

Bien cordialement.

Écrit par : Denis VAUSSUR | 27/05/2008

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